TANIT

TANIT (en phénico-punique : TNT) est une déesse d'origine phénicienne (actuelles côtes libanaise et syrienne) chargée de veiller à la fertilité, aux naissances et à la croissance. Elle a parfois été assimilée aux déesses Isis et Astarté. A l’origine déesse tutélaire de la ville de Sarepta, ville libanaise actuelle de Sarafand, c’est à Carthage que son culte prit le plus d'ampleur (V-IV s. av. J.-C.-).

Tanit est la parèdre du dieu Baal Hammon, dieu de l’orage et de la fertilité. Parèdre signifie littéralement « assis près », « qui est assis à côté de », l'usage général tendant à appeler parèdre le ou la consort d'une déité, qui peut lui être égale ou complémentaire. Sur les inscriptions retrouvées, Tanit est dénommée Tanit péné Baal, littéralement « en face de Baal »

TNT peut aussi signifier « se lamenter », « pleurer ». Cette interprétation rendrait intelligible le nom complet de la Tanit punique (carthaginoise) : Pleureuse en face de Baal . Baal à qui il était d’usage d’offrir d’innombrables sacrifices humains ou d’animaux substituts. Baal désigne le dieu de l’orage chez les Phéniciens alors que sous le nom de Baal Hammon, les puniques le représentent en dieu barbu, assis sur un trône, tenant des épis ou une tige de blé dans la main gauche, bénissant de la droite, avec parfois une couronne de végétaux.

A l’époque gréco-romaine, on l’identifiera à Kronos et Saturne. Maître du monde végétal et par-là, maître du monde souterrain qui exerce son influence sur la régénération végétale. Maître ces cieux, dieu foudroyant de l’orage, tout le monde tremble à sa voix. Tellement craint qu’à Carthage on lui offrira souvent, dès le Ve siècle av. J.C. les premiers nés des familles.

Déesse suprême de Carthage (devenue une banlieue de la Tunis actuelle) Tanit devint la Déesse ou la Junon Céleste Dea Caelestis de l'époque romaine, mais aussi la Vierge Céleste, « Nourrice de Saturne », dont la sève juvénile régénère la puissance du dieu de la végétation, tout comme Isis le fit pour Osiris.

Le culte de la déesse ne se limitait  pas à Carthage, il  se retrouve dans tous les comptoirs puniques particulièrement à Chypre, Malte  et à Ibiza ou les « signes de Tanit »  abondent. A Ibiza plus de 600  petites statuettes de la déesse ont été découvertes dans une grotte au Nord de l’île.

Le symbole appelé signe de Tanit a été mis en relation avec la déesse dès les premières découvertes. Il représente un triangle sur lequel repose une barre horizontale avec ou sans extrémités relevées, ainsi qu’un disque. Une hypothèse trouve l’origine du signe de Tanit dans les mannequins ou poupées de blé qui personnifient la puissance de la récolte et apparaissent sous divers noms chez les peuples d’Europe et d’Asie.

Cette personnification mythique de la force active de la végétation se concrétise spécialement dans la dernière gerbe, façonnée par les moissonneurs à l’image d’une figure humaine, d’habitude féminine. L’usage d’asperger et de jeter à l’eau le mannequin de blé est très répandu, tout comme celui de le brûler et de répandre ensuite ses cendres sur les champs afin d’en augmenter la fertilité.

Mais cette hypothèse ne tient pas suffisamment compte des plus anciennes formes connues du symbole, qui tire probablement son origine du « signe de vie » égyptien , l’hiéroglyphe « ankh » et du rôle de la déesse Tanit, semblable à celui d’Isis. Le lien entre la Carthage punique avec la civilisation pharaonique confirmerait cette origine.

Certains voient dans la croix d'Agadez (symbole touareg du Niger) la préservation du signe de Tanit.

Tanit est assimilée à Astarté chez les Phéniciens, Ishtar chez les Babyloniens, Innana chez les Sumériens, Vénus chez les Romains, Aphrodite chez les Grecs, Isis chez les Égyptiens, Anaïtis chez les Libyens, Dercéto chez les Syriens, et Mylitta chez les Chaldéens d'Assyrie.

Le signe de Tanit serait un intermédiaire entre le monde terrestre ou chtonien et le monde céleste ou éolien. Les cycles de la nature, ceux de la vie et de la survie après la mort sont au centre des préoccupations qu'ils traduisent. Si les deux bras sont levés en signe d’intercession ou de prière, on voit aussi des figurations où un des bras tient une hache. Cette présence est-elle bénéfique et protectrice des âmes sacrifiées ou Tanit est-elle elle-même sacrificatrice ? Le signe de Tanit apparaît surtout sur les stèles des champs d’urnes sacrificielles – ou tophets - qui commémorent le sacrifice d’un enfant ou d’un animal. Dans ce contexte on pencherait pour que la présence de Tanit soit là dans le but de régénérer les forces sacrées de la fécondité. Tnt « pleureuse en face de Baal » peut aussi suggérer celle qui intercède, accompagne, protège. La production monétaire de Carthage apparut vers le 5ème siècle av. J.C. pour payer les milices militaires en Sicile, avec souvent des imitations des monnaies de villes grecques, notamment Syracuse. De ces monnaies, on peut distinguer un style punique représenté sur le coté droit par une tête de femme (Tanit) et sur le coté revers par un cheval, symbole de la ville de Carthage, avec un palmier derrière, symbole de fertilité et de liens entre les communautés des colonies.

Par ailleurs, la déesse symbole de la fécondité et de la fertilité est représentée dans de nombreuses statues, une grenade à la main, et une pièce de monnaie frappée à Rome, la représente chevauchant un lion.

Monique Zetlaoui écrit dans un article: "Disparue aujourd’hui la dame de Carthage ? Depuis que les religions monothéistes se sont implantées sur le pourtour méditerranéen, il est évident qu’aucun culte ne lui est rendu, cependant elle reste très présente dans l’inconscient collectif.  Ainsi la main de la déesse paume ouverte, symbole de protection et de bénédiction, présente tant de fois dans les sites puniques est devenue selon Emna ben Miled la Hamsa ou main de Fatima. Cette main tendue où la paume bénit, caresse, calme la douleur, très ancienne symbolique du Proche-Orient reste dans l’islam une protection puissante contre le mauvais œil. Les Hébreux, voisins des Cananéens ont eux aussi récupéré le symbole  sous le nom de main de Myriam. Tanit est trop profondément ancrée pour disparaître. En Tunisie, aujourd’hui encore, elle est présente dans le rituel de mariage, connu sous le nom de la jelwa, décrit par Emna ben Miled : « richement habillée et couverte de bijoux, la mariée monte sur une petite estrade. Ensuite, elle lève les bras à l’horizontale, puis elle soulève ses deux  avant-bras à la verticale, en plaçant les paumes de ses mains bien en évidence, face à l’assistance. » En s’identifiant à Tanit qui était vénérée dans la position des mains levées, la mariée tunisienne perpétue une croyance ancestrale. " Sources : Edward Lipinski, Dieux et déesses de l’univers phénicien et punique, ed. Peeters, 1995 Léo Dubal et Monique Larrey, L’énigme des stèles de la Carthage africaine, ed. l’Harmattan 1995 Monique Zetlaoui http://www.harissa.com/D_Histoire/tanitmoniquezetlaoui.htm casadehiram.blogspot.com/

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